Tisser le bonheur au quotidien

Après 60 ans d’amour, Gérald Drainville et Marie-Paule Ayotte de Saint-Alphonse-Rodriguez se regardent encore comme au premier jour. Gérald appelle son épouse « sa princesse » et réussit à capter les moments de bonheur quotidiens malgré la maladie.

Au début, l’avenir lui paraissait sombre. Les changements qu’il constatait chez sa conjointe devenaient de plus en plus nombreux. Que ce soit le comportement, les changements d’humeurs, les  pertes de mémoire ou la difficulté à s’exprimer, tout cela l’inquiétait. Après des rencontres avec les médecins, le diagnostic est tombé : c’était bien la maladie d’Alzheimer.

Leur vie venait de basculer. La progression de la maladie était lente, mais les problèmes grandissaient continuellement. La fatigue et l’épuisement le rattrapaient graduellement : répéter sans cesse les mêmes paroles; chercher continuellement des objets partout dans la maison; manquer de sommeil et devoir surveiller à chaque instant.

Il ne voulait l’aide de personne, mais il a dû se résigner, usé par des anecdotes du quotidien comme le jour où il a retrouvé un rôti de bœuf dans la sécheuse ou celui où il a retrouvé le porte-monnaie de sa princesse dans un tiroir, en dessous de ses bobettes.

Il s’est inscrit à la formation « accompagner sans toutefois s’oublier » qui l’a aidé à comprendre  la maladie, les comportements de la personne atteinte et à s’adapter  à la situation. En fait, il a appris comment vivre sainement avec la maladie : « J’ai appris à capter tous les petits plaisirs et le bonheur qui passe dans une journée. Accepter la maladie aide à mieux vivre », affirme-t-il.

En plus de comprendre la maladie, Gérald Drainville a dû apprendre à effectuer plusieurs tâches du quotidien qui étaient auparavant prises en charge par son épouse : « J’étais machiniste et je connaissais chaque composante des centaines de sortes d’acier, mais quand j’arrivais à la maison, la nourriture était dans mon assiette. Je mettais mes vêtements souillés dans le panier et ils revenaient propres, repassés et pliés dans mon tiroir. »

Monsieur Drainville ne s’est pas mis de limites dans les apprentissages pour le bonheur et la cognition de sa princesse : il a même appris à tisser! En effet, Marie-Paule tissait depuis son jeune âge avec sa mère. Avec l’aide de son époux, qui lui fait les premiers mouvements, elle tisse tous les jours un petit peu.

Outre la formation, M. Drainville a eu l’occasion de bénéficier de tous les autres services de la Société Alzheimer de Lanaudière. Il recommande aux personnes qui accompagnent des proches ou amis dans la maladie de ne pas attendre pour demander de l’aide : « de grâce, ne faites pas comme moi, ne souffrez pas inutilement. Allez chercher du soutien pour continuer à vivre d’une façon acceptable avec votre protégé. »